DSI NumériquePartage d'expériencesSouveraineté numérique et facturation électronique, un débat au-delà du made in France

Souveraineté numérique et facturation électronique, un débat au-delà du made in France

Tribune de Nicolas Ricard, PDG et Cofondateur d’Axonaut

En France, il existe une volonté institutionnelle forte de transposer dans le numérique l’esprit du label ‘made in France’ et les valeurs qui y sont associées : confiance, qualité, savoir-faire. À travers des dispositifs comme la French Tech ou France Num, une idée s’est imposée : une technologie conçue en France, par des acteurs français, mérite d’être soutenue et privilégiée face à des alternatives étrangères, notamment celles des  grands groupes américains.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que l’arrivée de la facturation électronique suscite des discours similaires. Le site du gouvernement propose d’ailleurs des schémas (comme celui-ci) distinguant les plateformes de facturation électronique selon qu’elles sont éditées en France, en Europe ou hors d’Europe, afin d’aider les entrepreneurs dans leur choix.

Mais ces classifications reposent essentiellement sur le lieu du siège social, sans prendre en compte la structure de détention des entreprises. Or, près de 42 % des plateformes aujourd’hui agréées sont détenues partiellement ou totalement par des fonds étrangers. La nuance est de taille. La souveraineté technologique française est un objectif séduisant, et, dans le cas de la facturation électronique, un enjeu central. La France fait d’ailleurs figure d’exception en Europe : là où la majorité des pays ont adopté le réseau Peppol, elle a fait le choix de construire son propre réseau national.

Si ce réseau appartient à l’État, les éditeurs de logiciels, des entreprises privées, en constituent les points d’entrée. À ce titre, ils occupent une position stratégique dans la réussite et l’équilibre du dispositif. Leur diversité, leur indépendance et leur ancrage local ne sont donc pas des sujets secondaires. Or, le marché des logiciels de gestion et de facturation, historiquement hétérogène et très concurrentiel, est en train de se transformer rapidement. L’arrivée de la facturation électronique accélère les opérations de rachat et de consolidation.

D’ici septembre 2026, les entreprises devront choisir une plateforme agréée. Mais ce choix s’exerce dans un cadre contraint : le nombre de plateformes est limité notamment car l’obtention de l’accréditation est complexe et donc l’accès est mécaniquement plus aisé pour de grands groupes.

Sur les 101 plateformes aujourd’hui agréées en France, combien sont réellement indépendantes et durablement ancrées sur le territoire ? La question mérite d’être posée, car les conséquences sur la diversité de l’offre et sur l’écosystème logiciel français seront profondes. Reste enfin la question essentielle : celle des entrepreneurs. Les TPE et PME françaises sont-elles réellement en mesure d’arbitrer en faveur de la souveraineté numérique ?

Dans les faits, beaucoup choisiront la solution la moins coûteuse ou celle recommandée par leurexpert-comptable. Et c’est parfaitement compréhensible : leur priorité est de faire tourner leur activité. Mais en l’état, nous plaçons les entreprises face à un choix sans leur en donner pleinement les moyens. Si la souveraineté numérique est un objectif collectif, alors elle ne peut pas reposer uniquement sur des intentions. Elle suppose de faciliter concrètement l’accès à des technologies françaises, indépendantes et compétitives. C’est à cette condition que la facturation électronique pourra devenir non seulement, une réforme réglementaire, mais aussi une opportunité industrielle et stratégique pour la France.

Articles récents

Cela pourrait aussi vous interesser
Innovations

Oxalys introduit Oxalys SQM pour la gestion qualité fournisseurs

Oxalys  fait évoluer sa solution COBuy en Oxalys SQM...

Conscio Technologies dévoile Culture Digitale Responsable pour la sensibilisation numérique

Conscio Technologies, spécialiste de la sensibilisation à la cybersécurité...

HID propose M1 Transparent Gateway pour moderniser les infrastructures PACS

HID lance M1 Transparent Gateway, une passerelle permettant de...

Hop-place étend sa solution de gestion de maintenance au secteur privé

Hop-place, la solution SaaS française de Gestion de la...

Youzer ouvre la gouvernance des identités aux managers avec My Youzer

Youzer annonce le lancement de My Youzer — une...

NexPoint Services déploie ses activités commerciales sur le marché

NexPoint Services propose une offre d’intégration de solutions de...

ASC Technologies dévoile Neo Suite pour l’enregistrement omnicanal

ASC Technologies présente Neo Suite, une solutionsécurisée et évolutive pour...

bconnex group renforce sa sécurité avec la certification ISO 27001

bconnex group, acteur européen engagé de l’IT responsable, né...

CertEurope s’appuie sur ITS Integra pour faire évoluer son SI

ITS Integra  accompagne CertEurope dans un vaste projet de refonte de son...

CANUT sélectionne OUTSCALE et UNITEL pour son Lot 3 « Cloud Souverain »

CANUT annonce l’attribution du Lot 3 « Cloud Souverain...

Wraptor consolide son expertise MSSanté auprès des établissements médico-sociaux

Le système de santé français s’appuie sur des structures...

Tenexa franchit une étape clé avec le jalon J1 SecNumCloud

Tenexa annonce la validation officielle de son jalon J1 par...