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Le Mode IA de Google, ou le Shadow AI qui n’a plus besoin de l’ombre

Depuis le 22 juillet, les RSSI français ont un nouveau problème. La plupart ne le savent pas encore, parce que rien n’a changé dans leurs logs. Ce jour-là, Google a déployé en France les Aperçus IA et le Mode IA, deux ans après le reste du monde. Le déploiement varie selon les comptes et les terminaux : dans une entreprise de dix mille personnes, personne ne sait combien de collaborateurs ont basculé.

Une gouvernance construite sur un contresens

Depuis deux ans, la doctrine dominante traite l’IA générative comme une famille d’outils. On dresse la liste, on en autorise trois, on bloque le reste, on fait signer une charte. C’est laborieux mais confortable : un outil a un nom, un éditeur, un domaine. Ça rentre dans un tableau. Le Mode IA n’y rentre pas. Ce n’est pas un outil. C’est un état de la barre de recherche. Le domaine est google.com, le flux est du trafic de recherche indistinguable de celui de la semaine dernière. Pas de compte créé, pas de nouvelle application dans le SSO, rien à découvrir au sens où l’on découvrait le Shadow IT. Ce qui sépare une requête d’un prompt tient dans un paramètre d’URL.

Filtrer suppose donc de déchiffrer le TLS sur le moteur de recherche le plus utilisé de l’entreprise, puis de réécrire la chaîne de requête à la volée. Les fournisseurs de proxy documentent la manipulation, en prévenant qu’elle tombera dès que Google changera ses paramètres. Au niveau DNS, l’exercice est perdu d’avance : ce filtrage n’a jamais vu les paramètres d’URL. Bloquer un paramètre qui peut changer un mardi matin n’est pas une politique de sécurité, c’est un pari.

La requête et le prompt n’ont pas la même nature

Le basculement décisif n’est pourtant pas technique. Il est comportemental. Pendant vingt-cinq ans, un salarié a tapé trois mots-clés dans un champ. Le même champ accepte désormais du texte long, des fichiers, et jusqu’au contenu des onglets ouverts. Google y ajoute une couche de contexte personnel, sans abonnement, permettant de connecter sa messagerie. Là où l’on cherchait « préavis convention collective Syntec », on colle maintenant le paragraphe d’un contrat en négociation. Ce n’était qu’une intention de recherche, c’est devenu un extrait de patrimoine informationnel. Et le consentement est donné par un salarié, depuis un compte personnel, hors de toute administration.

Reste le plus gênant. Le collaborateur n’a pas le sentiment d’utiliser une IA. Il cherche sur Google, comme on le lui demande depuis le premier jour de sa carrière. Aucune campagne ne survit à cela : « ne collez pas de données confidentielles dans une IA » suppose qu’il sache qu’il en utilise une.

Voir et comprendre avant de bloquer

Quand une capacité de ce type arrive par défaut dans un produit installé partout, la question de l’autorisation a été tranchée ailleurs. L’Autorité de la concurrence alertait justement, cinq jours avant le lancement, sur les risques du placement par défaut. Ce qui reste, c’est la visibilité. Pas comme slogan : comme seule prise disponible. Elle n’est plus dans la couche réseau, qui ne voit qu’un domaine légitime et un code 200, ni dans le catalogue applicatif, qui ne verra jamais de nouvelle ligne.  Elle est là où la différence entre une recherche et un prompt existe encore, dans le navigateur. C’est depuis ce point qu’Avanoo donne une visibilité complète sur l’usage du Mode IA, mesuré comme  n’importe quelle autre application  d’IA. Reste à dire ce qu’on en fait.

Voir permet de compter. Un RSSI qui veut arbitrer n’a pas besoin d’une étude de marché mais de sa propre volumétrie : quelle part des recherches bascule en mode conversationnel, dans quels métiers, à quel rythme. Sans ce chiffre, le sujet passe en comité de direction comme une inquiétude, la meilleure façon de n’obtenir aucune décision.

Voir permet de qualifier ce qui part. L’important n’est pas qu’un collaborateur ait ouvert le Mode IA, c’est qu’un contenu ait quitté le périmètre : un collage, un fichier déposé, un onglet interne donné en contexte. Voir permet enfin d’écrire quelque chose de vrai. Une charte rédigée à l’aveugle vieillit en trois mois. Une politique adossée à des usages mesurés autorise là où le risque est faible, restreint là où il ne l’est pas, et se défend devant un auditeur.

L’ordre compte : voir, comprendre, puis décider ce qu’on bloque et ce sur quoi on alerte. Dans l’autre sens, on produit des règles qui ne survivent pas à la prochaine mise à jour de Google. Car l’observation porte sur un comportement, pas sur une chaîne de caractères. Le paramètre change, la règle de proxy tombe. L’observation tient. L’interdiction n’est plus seulement inapplicable Elle est indéfinissable. On peut interdire un outil, on n’interdit pas un attribut de la barre de recherche.

On a appelé cela Shadow AI en imaginant des comptes de contournement et des usages honteux. Le plus incontrôlable de tous arrive en pleine lumière, dans le champ le plus utilisé d’internet, sous un logo que tout le monde reconnaît depuis un quart de siècle. L’ombre n’a jamais été du côté de l’outil.

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Tanguy Duthion, CEO et co-fondateur d’Avanoo

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